Définition du mot : Réconciliation
1. Action de rétablir l'amitié entre deux personnes ou groupes de personnes qui se sont brouillées.
2. Action de mettre deux choses en accord qui semblaient être opposées.
Pour de nombreuses personnes, le concept de la réconciliation évoque des sentiments de désespoir. Nous avons parlé avec trois personnes : une Palestinienne, une Allemande et un Musulman africain, qui ont tous professé leur amour pour le peuple juif. En discutant avec eux des démarches qu'ils ont entreprises pour tirer un trait sur des histoires marquées par la haine et pour résoudre des questions qui semblaient irréconciliables, nous nous sommes rendus compte que l'espoir de paix n'est pas insensé…
Témoignages
A. Maha McDiarmid
Un cas d'identité abandonnée ?
Le père de Maha McDiarmid est né en Cisjordanie et sa mère est égyptienne. Maha est l'épouse de Dean, un Juif qui croit en Jésus. Elle a raconté son histoire à Naomi Rose.
Quelles étaient vos conceptions de Dieu en tant que jeune fille musulmane ?
J'ai vécu dans une famille fortement marquée par la culture musulmane ; les traditions elles-mêmes nous importaient plus que leur signification. Nous observions les règles de l'Islam pour paraître pieux. Je jeûnais, je ne parlais jamais aux garçons et je refusais de manger du porc. Selon la coutume, mes parents avaient arrangé mon mariage dès ma naissance. Je suppose que mon éducation est proche de celle donnée dans une famille chrétienne ou juive normale. Vous faites certaines choses simplement par habitude.
À part la nôtre, il n'y avait qu'une famille musulmane dans notre quartier, donc je n'avais pas beaucoup d'amis musulmans en dehors de mes cousins. L'oncle de ma mère est une personnalité importante en Egypte, considéré comme un saint homme ; il a joué un rôle majeur dans le cheminement religieux de ma mère. Lorsque j'avais seize ans, elle est allée lui rendre visite en Egypte et en est revenue vêtue en costume traditionnel de femme musulmane. Elle se mit à prier, jeûner et lire plus le Coran.
Pour ma part, je devenais de plus en plus désabusée en ce qui concerne l'Islam. Je croyais en Allah, mais en tant que jeune musulmane, j'étais frustrée, parce que je voulais être plus proche de lui. Je voulais le connaître. Mais je savais qu'il était saint et que moi, je ne l'étais pas. J'éprouvais de la crainte devant sa sainteté. Je savais qu'il voyait tous mes mouvements, toutes mes pensées. Et je savais que si je devais me présenter devant lui, j'éprouverais de la honte. Ce n'était pas que j'étais une gamine particulièrement mauvaise, mais je sentais intuitivement que même les pieux mensonges étaient inacceptables.
La peur de ne pas être admise au ciel lors de ma mort me poursuivait. Une fois, j'avais demandé à ma mère comment être sûre d'aller au ciel et elle m'a rappelé les cinq piliers de l'Islam(*).
(*) Les 5 piliers de l'Islam sont : l'unicité de Dieu et la reconnaissance du prophète Mohammed, la prière, le jeûne du Ramadan, l'aumône, le pèlerinage à La Mecque.
Je me disais que j'arriverais à accomplir les deux premiers, mais après il y avait la question du pèlerinage à la Mecque. " Qu'est-ce qui se passe si on meure en chemin ? " me souviens-je avoir demandé à ma mère. " À ce moment-là, tu vas au ciel ", fut sa réponse, selon le principe, " du moins auras-tu essayé ". En entendant cela, je me disais : " Alors, c'est cela que je veux faire, mourir en chemin pour la Mecque ". Ainsi, pensais-je, j'aurais une place réservée au Paradis !
Je ne me faisais pas à l'idée selon laquelle Dieu est inconnaissable. Si j'allais me soumettre à lui, il fallait au moins que je le connaisse. Je voyais comment les gens autour de moi participaient aux traditions, mais les œuvres qu'ils faisaient semblaient être sans importance à long terme.
Pouvez-vous décrire vos sentiments vis-à-vis du peuple juif pendant ces années-là ?
J'avais une peur mortelle des Juifs. J'avais à leur propos une connaissance basée uniquement sur ce que mon père m'en avait raconté. Mon père est Palestinien et il haïssait les Juifs avec passion. Il prononçait le mot Yehudi avec un mépris inimaginable. Jusqu'à ce jour, je ne comprends pas comment il a réussi à verser toute son hostilité dans un seul mot.
Je me sentais obligée de haïr le peuple juif. Un de mes cousins habitait la Cisjordanie. Une nuit, on l'a appréhendé en dehors des heures de couvre-feu. Des soldats israéliens l'ont roué de coups et l'ont gardé en prison pendant deux jours. Plus que mise en colère, cela m'a rendu triste. J'avais de la peine pour ma famille. J'éprouvais du regret pour les Palestiniens qui n'avaient pas de pays.
Mon père m'avait appris à chanter un chant scandé de l'O.L.P., mais je ne comprenais pas vraiment les paroles. Tout ce que je savais, c'était que mon père était fou furieux et qu'il transmettait sa colère à mes deux frères.
Si on parlait du Moyen-Orient au journal télévisé, mon père se mettait dans un tel état qu'il finissait par devoir éteindre la télé. Pendant la Guerre des Six Jours, il a cessé complètement de manger et il a perdu beaucoup de poids, désespéré qu'il était de ne pouvoir pas être là-bas, auprès de sa famille, et combattre pour son pays.
Dans mon for intérieur, j'étais tiraillée. Je ne savais quoi ressentir. Par exemple, je prenais Saddam Hussein pour un maniaque, mais il me paraissait extrêmement déloyal d'exprimer une telle opinion, surtout auprès de mon père.
Vous souvenez-vous de ce qui a façonné votre perspective sur le christianisme et sur Jésus pendant votre jeunesse ?
Je n'avais pas d'opinion sur Jésus. Je savais tout simplement qu'il n'était pas pour moi, que les Chrétiens se trompaient à son sujet. Pour moi, croire que Dieu s'était incarné était un blasphème. Je prenais les Chrétiens pour des faibles et des indécis. Les évangélistes qu'on voyait à la télé me rappelaient de piètres représentants de commerce. Ma mère me disait que les Chrétiens vendaient la Bible pour faire de l'argent. Il me semblait qu'il était mal de vendre la Parole de Dieu. Je ne percevais aucune unité entre les Chrétiens, et je ne comprenais pas non plus les distinctions entre les dénominations. Pour moi, un Chrétien, c'était un Catholique, un Mormon et un Hare Krishna, tous confondus !
Alors comment une jeune Musulmane s'est-elle avisée du contraire ?
Quand j'avais dix-neuf ans, j'ai décidé de quitter le foyer, ce qui a porté un coup terrible à ma famille. Même si nous n'étions pas strictement religieux, nous étions très fiers de notre culture arabe. Partir comme ça, cela ne se fait pas. On m'avait promis en mariage le jour de ma naissance à un homme que je n'avais jamais vu, et je plaquais cette partie de mon avenir aussi.
Mes parents avaient réussi à me préserver de la dureté de la vie au-delà de notre petite communauté isolée, à Chicago. J'étais scandalisée d'apprendre l'existence des gangs, et surprise de voir à quel point les gens pouvaient être sans pitié. Je me sentais sans cesse naïve. Je me suis mise à travailler comme serveuse et quand j'ai découvert que les chefs de cuisine du restaurant servaient de la soupe en sachet et ne la faisaient pas eux-mêmes, on m'a virée.
Je me suis liée d'amitié avec une collègue de travail qui s'appelait Michelle. Elle croyait en Jésus et je rencontrais en elle pour la première fois quelqu'un qui était passionnée par sa foi. Elle savait que j'avais été élevée en Musulmane et nous passions des heures ensemble à parler de Dieu. Maintes fois, nous travaillions toutes les deux au poste de nuit et, après avoir terminé, nous passions presque la nuit entière à discuter. Certes, j'avais abandonné l'Islam, mais je considérais le christianisme comme une blague !
Michelle était la première personne que je connaissais non seulement à prétendre être chrétienne, mais à être résolue à me montrer que Jésus me concernait aussi. Elle pesait sérieusement mes objections à la foi en Jésus et y apportait des contre-arguments. " Bien sûr que nous sommes obligés de vendre des Bibles " me disait-elle quand je mentionnais comment cette pratique me troublait. " Cela coûte de l'argent de les produire " me rappelait-elle. Je la désignais sans cesse comme une 'catholique' alors qu'elle était protestante ; elle m'a expliqué la différence, ce que personne ne s'était efforcé de faire jusque-là. " Vous croyez en trois dieux " lui disais-je. Elle me répondait que non, que ce n'était pas vrai, mais qu'elle, comme moi, croyait en un seul Dieu.
Ses réponses suscitaient en moi de la curiosité, mais je n'étais toujours pas prête à accepter son invitation de l'accompagner à l'Église. La seule fois où j'étais entrée dans une Église, c'était pour assister à des funérailles, et je me souvenais m'être sentie mal à l'aise. Après que Michelle eût renouvelé son invitation à maintes reprises, j'ai fini par accepter d'aller avec elle à des cultes. Mais je lui ai dit que j'irais seulement en tant qu'observatrice et non pas en tant que participante.
Et c'est ce que j'ai fait. Je me suis assise au fond de l'Église et j'ai regardé tout simplement. Je n'ai pas chanté ni rien fait d'autre. Je suis restée assise, c'est tout. Ce qui m'impressionnait le plus, c'étaient les gens, non le culte. Un an et demi après avoir quitté le foyer, je m'attendais à ce que les gens soient peu sympathiques à la première rencontre, mais ces gens-là étaient singulièrement gentils. Je n'arrivais pas à quitter des yeux leur visage. Ils avaient tous une chose en commun, une espèce de douceur. Je me surprenais à constater une telle unité parmi des gens qui du dehors semblaient si divers. Lorsque Michelle me demanda si je voulais l'accompagner de nouveau à l'Église, j'acceptais.
Les gens de l'Église mettaient les textes des chants qu'on fredonnait sur le rétroprojecteur, et un soir j'étais frappé par les paroles d'un chant en particulier. Il traitait de la vie de Jésus, de sa mort, de la manière dont il revint à la vie et comment il allait revenir. " Il est mort pour mes péchés " ai-je pensé. Seul le Fils de Dieu peut faire cela. Et alors que je lisais les paroles projetées sur l'écran, tout prenait un sens. Je compris. Sa logique s'est imposée à moi. C'était un moment de clarté absolue, et je savais que je croyais en Jésus.
Je croyais en Jésus, mais à juger de mes actions, on ne le voyait pas. Michelle et sa famille voulaient que je vienne habiter chez eux, mais je voulais vivre toute seule. Je me suis donc installée dans une maison avec des gars qui faisaient sans cesse la fête et j'ai été quelque peu prise dans leur jeu. Ma chambre se trouvait au sous-sol, et un jour, je me suis réveillée avec la " gueule de bois " en me sentant vraiment mal. Il n'y avait rien de correct dans ce que je ressentais et pourtant c'est là que Dieu m'a rencontré, là, dans ce lieu sale. J'ai compris qu'il fallait faire de ma relation avec Dieu une priorité, mais je n'en avais pas la force. Je promis à Dieu de lui donner cinq minutes par jour. Je savais que ce n'était pas grand-chose, mais si je promettais plus, je risquais de ne pas m'y tenir. Donc, chaque jour, pendant cinq minutes, je lisais ma Bible ou priais, et cela a changé ma vie. Ma relation avec Dieu s'est épanouie.
Il est intéressant de constater que l'Islam requiert que l'on prie cinq fois par jour, sauf que ces prières-là sont obligatoires. Je priais Dieu parce que je voulais être plus proche de lui. Et je pouvais prier sur le champ, même dans le sous-sol d'une maison de Chicago de bas étage. Peut-être en raison de mon éducation musulmane et de l'accent mis sur les œuvres, je croyais qu'il fallait que je mette de l'ordre dans ma vie pour pouvoir m'approcher de Dieu. Mais c'est justement parce que Dieu sait que nous n'y réussissons pas tout seul, qu'il a envoyé Jésus. Petit à petit, j'ai réussi, par la grâce de Dieu, à enlever les mauvaises choses de ma vie dans lesquelles j'étais mêlée. Il me donnait la force de renoncer à des comportements destructeurs, l'un après l'autre.
Qu'est-ce qui s'est passé ensuite ?
J'ai quitté la maison et j'ai emménagé seule dans un appartement. Je continuais à travailler comme serveuse, et il s'est trouvé que j'ai fait la connaissance de quelques clients croyants. Nous nous sommes mis à causer et ils m'ont parlé d'une réunion où s'assemblent des musulmans qui étaient devenus des croyants en Jésus. J'y suis allée et j'étais surprise d'y retrouver un visage qui m'était familier - c'était une des filles de l'autre famille arabe de mon quartier ! Elle m'a raconté comment ses parents, une fois avisés de sa foi, l'ont placée dans un établissement médical. Elle a tenu bon dans sa foi, et c'était par elle et par son mari que j'ai fait connaissance d'un homme juif qui allait changer ma vie.
Dean était la première personne juive que je connaissais et le connaître a chassé bien des peurs et des préjugés que j'avais à propos des Juifs. Je me sentais attiré par lui avant même de savoir qu'il était Juif, et découvrir qu'il l'était ne changeait rien à ce que je ressentais à son égard. Lorsqu'il m'a dit qu'il était non seulement Juif, mais croyant aussi en Jésus, cela ne m'a pas paru plus étrange que ça ; moi-même, arabe, croyais en Jésus. Cela signifiait plutôt que nous avions plus en commun que je ne le pensais. Peu après avoir fait sa connaissance, j'ai eu l'assurance que j'allais me marier avec cet homme !
Comment avez-vous fait pour parler de Dean à tes parents ? Quelle a été leur réaction ?
Lorsque Dean et moi nous sommes fiancés, j'ai appelé mes parents. C'est ma mère qui a décroché. Quand je lui ai annoncé la nouvelle, elle a demandé, " comment s'appelle-t-il ? ". Quand j'ai répondu " Dean ", elle s'est tue un instant, et puis elle m'a posé une question qui n'avait rien à voir. Ensuite, elle m'a dit de ne plus les appeler. Je n'avais même pas l'occasion de leur dire que Dean était juif ou qu'il croyait en Jésus ; le seul fait de savoir qu'il n'était pas arabe suffisait. Ma mère m'a dit que je pouvais leur envoyer un mot si jamais je tombais enceinte, mais, à cette exception près, de ne plus les contacter. C'est dommage, parce que je sais qu'ils estimeraient Dean énormément. Mon père et Dean sont parmi les personnes les plus intelligentes que je connaisse, et je pense qu'ils s'entendraient à merveille. Cela impressionnerait ma mère de voir comment Dean se conduit bien envers moi. C'est vraiment décevant. Il faudrait un miracle pour voir tous les trois réunis ensemble.